samedi 6 décembre 2008

Révolution chez les Nuisibles: Le plaidoyer du lérot

Par Larrycool, correspondante de la rubrique Contes et Légendes

Un nouveau parchemin vient de nous parvenir, écrit de la main de notre ami anonyme.


"Vu l'extrême urgence de la situation, il est impératif de débuter par le plaidoyer du lérot, de nombreux procès ont eu lieu du sus-dit. Les malheureux n'ont eu aucun défenseur pour les assister et ont été sans autre forme de procès, condamnés à être brûlés vifs en place de Pontarlier.
Alerté par ces condamnations injustifiées, je prends soin de vous transmettre l'un de ces procès qui a eu lieu le 3 décembre 1456, aussi je remets à plus tard les doléances de Madame la chouette Effraie ".

Procès ouvert et conduit par le Seigneur Jean De Mandegrâce.

Le Président : Faites entrer le condam... heu, le suspect !

Notre ami entre, encadré par deux sentinelles. Il est petit, brun gris sur le dessus, blanc sale sur le dessous, deux grandes oreilles décollées, une longue queue mince terminée par un pinceau de poils noirs et blancs. Il a une raie noire qui va du museau aux oreilles en passant sur les yeux, ce qui lui donne l'air de porter un masque de voleur. Ses yeux sont noirs, saillants, brillants et humides (il a pleuré !).

Le président : Vous vous nommez bien " lérot " ou " loir des greniers " ou encore " rat bayard " ?

Le lérot : Ouais, M'sieur l'juge...

Le président : Vous mesurez 23 cm et pesez 80 gr ?

Le lérot : Ben si vous l'dites M'sieur l'juge !

Le président : Vous êtes inculpé... de séjour dans un domicile privé sans autorisation du propriétaire, de tapage nocturne, de vol de denrées alimentaires avec récidive, délit de fuite avec récidive, chasse d'animaux protégés par Sa Seigneurie et servant à ses chasses personnelles, coups et blessures volontaires sur la force publique et tentatives d'évasion, je rajouterai également : cumul d'identités... Et bien, mon gaillard, vous semez le trouble dans notre cité! On vous rencontre partout, dans les vergers où vous pillez les arbres fruitiers, non seulement vous vous permettez de dévorer les pommes et autres fruits d'autrui, mais vous en goûtez dix avant d'en choisir une, donc les fruits entamés sont définitivement perdus pour le propriétaire ! Est-ce exact ?


Le Lérot : C'est possible...

Le président : On vous accuse encore d'une quantité invraisemblable de vols. Le 16 septembre: pillage de haricots verts chez la gente Dame Prométhée, il paraît que vous en mettez un coup, vous et vos complices.

Le Lérot : Oui, M'sieur l'juge, mais nous n'étions pas seuls ! Il y avait aussi 3 geais et un corbeau...

Le Président : Si vous pensez que c'est une excuse ! Enfin, continuons... Le 3 octobre, vous pénétrez illégalement dans une cuisine et vous vous livrez à un pillage en règle: vous grignotez le jambon suspendu au plafond, vous emportez la mie d'une miche de pain et vous dévorez des pruneaux.

Le Lérot : Le pain M'sieur l'juge, qu'est-ce qu'il était bon !


Le président : Répondez seulement quand je vous interroge et tâchez de vous montrer un peu moins insolent ! Le 17 octobre, Sieur Goungor l'Ancien vous prend dans un piège, mais vous parvenez à vous enfuir au bout de quelques heures.

Le Lérot : Ben oui, M'sieur l'juge, je me suis installé dans le grenier et 'étais en train d'hiberner lorsque ces sbires m'ont réveillé! Vous savez bien que nous les lérots entrons en hibernation dès que la température baisse.

Le président : Comme les marmottes, si je comprends bien ?

Le Lérot : Exact, bref, j'avais un petit nid douillet à base de vieux chiffons et de carton lacérés par mes soins et je me suis endormi à côté de mes provisions d'hiver.

Le président : Des provisions volées ?

Le Lérot :
(est très embarrassé...) Quelques petits noisettes et de toutes minuscules noix !

Le président : Mais entre-temps, vous faîtes encore parler de vous, les habitants de cette maison ne peuvent pas fermer l'œil de la nuit en raison de cavalcades effrénées dans le grenier...

Le Lérot : C'est-à-dire, hum hum il y avait une petite lérote, très jolie, alors quelques galipettes, c'est huma...animal non?

Le président : Vous appelez ça quelques galipettes, un tapage infernal à rendre fous toute la famille de Goungor

Le Lérot : Ben c'est que nous avons élevé 6 petits!!!

Le président : Juste ciel, six petits... Et que sont-ils devenus ?

Le Lérot : Ils ont tous réussi dans la vie, ils se sont installés dans les maisons du voisinage.

Le président : Je crois que les charges retenues contre vous sont suffisamment lourdes, j'ajouterai en outre que lors de votre capture, au lieu de vous soumettre à la loi, vous avez sauvagement mordu un des gardes venu pour vous arrêter...
Je signale à l'assemblée, qu'il n'y aura ni témoins de la défense, ni plaidoiries...

Gardes, emmenez et exécutez l'accusé !



" Le pauvre lérot fut ligoté et brûlé en place de Pontarlier, une petite bête si inoffensive, si douce, si craintive qui ne pèse que 80 grammes, ce n'est qu'injustice!!!"



Notre informateur anonyme nous présentera prochainement les doléances de la blanche hermine et de la chouette Effraie.


Notre informateur nous informe que beaucoup d'éléments lui ont été fournis par Monsieur la Hulotte qui n'a émis aucune objection à ce que son nom soit cité.



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